Pourquoi je pleure pendant le Ramadan ?

Pourquoi je pleure pendant le Ramadan ? Comprendre les émotions intenses du jeûne

par Salima Bachar

Vous ne vous attendiez pas à ça.

Le Ramadan commence.

Et au lieu d’être simplement apaisé, vous vous sentez… plus sensible.

Une larme pendant la prière.

Un pincement au cœur à l’iftar.

Une émotion qui monte sans prévenir.

Et vous vous demandez : pourquoi je pleure pendant le Ramadan ?

Est-ce spirituel ?

Est-ce hormonal ?

Est-ce psychologique ?

La réponse est rarement unique.

Elle est souvent multiple.

Biologique.

Émotionnelle.

Spirituelle.

Et parfois tout à la fois.


Les larmes en Islam : un signe de sensibilité spirituelle

Dans la tradition islamique, pleurer par crainte d’Allah ou par émotion spirituelle est considéré comme un signe de sincérité.

Le Prophète ﷺ a dit :

“Deux yeux ne seront pas touchés par le Feu : un œil qui a pleuré par crainte d’Allah et un œil qui a veillé pour la cause d’Allah.”

Hadith rapporté par At-Tirmidhi (n°1639), authentifié par Al-Albani.

Le Coran évoque également ceux qui pleurent en entendant la révélation :

“Et ils tombent sur leurs mentons en pleurant, et cela augmente leur humilité.”

Sourate Al-Isra (17:109).

Ainsi, les larmes pendant la prière ou la récitation peuvent être une manifestation d’humilité, et non une faiblesse.

Les Compagnons pleuraient également

Il est rapporté que Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) pleurait fréquemment pendant la prière.

Le Prophète ﷺ lui-même pleurait en récitant certains versets, notamment ceux évoquant le Jugement ou la miséricorde.

Sahih al-Bukhari (n°5050).

Les larmes faisaient partie de la vie spirituelle normale des premiers croyants.

Le Ramadan amplifie les émotions : ce que dit la science

Le jeûne modifie profondément l’organisme.

Il agit sur le métabolisme.

Sur le sommeil.

Sur les neurotransmetteurs.

Et donc sur l’humeur.

Pourquoi je me sens vide après la prière pendant le Ramadan ?

Le rôle de la sérotonine

La sérotonine influence l’humeur et la stabilité émotionnelle.

Le jeûne, les changements alimentaires et le manque de sommeil peuvent perturber son équilibre.

Des recherches en neurobiologie montrent que les rythmes circadiens influencent directement la régulation émotionnelle.

NCBI Bookshelf – Sleep Physiology

Moins de sommeil réparateur peut rendre plus sensible.

Plus vulnérable aux variations émotionnelles.

Le rôle du cortisol (hormone du stress)

Le jeûne peut modifier la sécrétion du cortisol.

Chez certaines personnes, cela augmente l’irritabilité.

Ou au contraire la fragilité émotionnelle.

Ce n’est pas une faiblesse.

C’est une adaptation physiologique.


L’hypersensibilité émotionnelle pendant le Ramadan

Le Ramadan ralentit le rythme.

Il coupe certaines distractions.

Il réduit le bruit extérieur.

Et quand le bruit baisse…

L’intérieur devient plus audible.

Beaucoup décrivent une hypersensibilité pendant le Ramadan.

Plus de larmes.

Plus de nostalgie.

Plus de compassion.

Ce phénomène peut s’expliquer par :

  • La fatigue accumulée
  • La baisse de stimulation constante
  • L’introspection accrue
  • La dimension spirituelle renforcée

Quand on ralentit, les émotions remontent.

Comme une eau qu’on n’avait jamais regardée.


Attention : l’émotion ne définit pas la valeur spirituelle

Les savants rappellent que l’absence de larmes ne signifie pas une foi faible.

Ibn Al-Qayyim explique que les états spirituels varient selon les personnes et les périodes.

Source : Madarij As-Salikin.

Pleurer pendant la prière : signe de foi ou surcharge émotionnelle ?

Beaucoup se demandent :

Pourquoi je pleure en priant pendant le Ramadan ?

Il existe plusieurs explications possibles.

Une connexion spirituelle profonde

La récitation du Coran active des zones liées à l’émotion et à la mémoire.

La spiritualité peut amplifier la conscience de soi.

Et donc déclencher des larmes.

Dans ce contexte, pleurer peut être un signe de résonance intérieure.

Une vulnérabilité accrue

Le jeûne réduit certaines défenses psychiques.

On est plus transparent émotionnellement.

Les regrets remontent.

Les blessures anciennes aussi.

Ce n’est pas forcément négatif.

C’est parfois un processus d’intégration.


Ramadan et fatigue émotionnelle

Beaucoup sous-estiment l’impact de la dette de sommeil.

Les réveils nocturnes.

Les modifications alimentaires.

Les changements d’horaires.

La fatigue chronique rend plus fragile émotionnellement.

Une étude montre que la privation de sommeil augmente la réactivité émotionnelle.

Nature Neuroscience – Sleep and Emotional Processing

Moins on dort.

Plus l’amygdale (centre de la peur et des émotions) s’active.

Résultat : les larmes montent plus vite.

Ramadan et dépression : faire la différence

Pleurer pendant le Ramadan n’est pas forcément une dépression.

Mais si vous ressentez :

  • Une tristesse persistante
  • Une perte d’intérêt généralisée
  • Une fatigue extrême non soulagée
  • Des pensées négatives envahissantes

Il est important de consulter.

La dépression peut s’aggraver pendant les périodes de changement biologique.

L’Organisation Mondiale de la Santé rappelle que la dépression est un trouble médical, pas un manque de foi.

OMS – Dépression


Les femmes et le Ramadan : un facteur hormonal

Le cycle menstruel influence l’émotion.

La combinaison jeûne + fluctuations hormonales peut intensifier la sensibilité.

Les œstrogènes modulent la sérotonine.

Les variations peuvent amplifier les larmes.

Ce n’est ni spirituel ni moral.

C’est neuro-hormonal.


Pourquoi je me sens triste alors que le Ramadan est censé être joyeux ?

Parce que l’être humain est complexe.

Parce que le Ramadan réveille les souvenirs.

Les absents à table.

Les anciennes blessures.

Les regrets.

Le mois sacré agit parfois comme un miroir.

Et un miroir ne montre pas que la lumière.


Les bienfaits cachés des larmes pendant le Ramadan

Pleurer peut avoir un effet régulateur.

Les larmes émotionnelles contiennent des hormones de stress.

Exprimer l’émotion peut diminuer la tension interne.

Dans un cadre spirituel, cela peut renforcer le sentiment de purification.

À condition que cela ne devienne pas envahissant.


Comment apaiser les pleurs excessifs pendant le Ramadan ?

  • Stabiliser le sommeil
  • Boire suffisamment à l’iftar et au suhoor
  • Réduire la surcharge mentale
  • Parler de ce que vous ressentez
  • Consulter si nécessaire

Le jeûne n’est pas censé être une souffrance psychologique.


Que disent les études?

Les recueils canoniques de hadiths comprennent Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, et Jami’ at-Tirmidhi.

Privation de sommeil et réactivité émotionnelle
Nature Neuroscience – REM Sleep and Emotional Processing
https://www.nature.com/articles/nn.3303

Ramadan et santé d'après l'OMS

Physiologie du sommeil
NCBI Bookshelf – Sleep Physiology
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK526132/

Dépression – Données mondiales
Organisation Mondiale de la Santé
https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/depression


FAQ – Pourquoi je pleure pendant le Ramadan ?

Est-ce normal de pleurer pendant le Ramadan ?

Oui, c’est fréquent. Le jeûne modifie le sommeil, l’énergie et la sensibilité émotionnelle.

Pourquoi je pleure en lisant le Coran ?

La récitation peut activer la mémoire émotionnelle et renforcer la connexion spirituelle.

Le jeûne peut-il provoquer une dépression ?

Le jeûne peut amplifier une vulnérabilité existante, mais ne cause pas directement une dépression clinique.

Pourquoi suis-je plus irritable pendant le Ramadan ?

La fatigue, la baisse de glycémie et les changements hormonaux peuvent influencer l’humeur.

Les femmes pleurent-elles plus pendant le Ramadan ?

Les variations hormonales peuvent augmenter la sensibilité émotionnelle chez certaines femmes.

Comment différencier émotion spirituelle et détresse psychologique ?

Si les larmes sont apaisantes et ponctuelles, elles relèvent souvent de l’émotion spirituelle. Si elles sont constantes et envahissantes, un avis professionnel est recommandé.

Le manque de sommeil peut-il expliquer mes pleurs ?

Oui. La privation de sommeil augmente la réactivité émotionnelle.

Est-ce un signe de foi faible ?

Non. Les émotions ne sont pas un indicateur de valeur spirituelle.

Quand consulter ?

Si la tristesse persiste, si le sommeil est gravement perturbé ou si des pensées négatives dominent la journée.

Pleurer pendant le Ramadan n’est pas un échec.

Ce n’est pas un manque de foi.

Ce n’est pas une faiblesse.

C’est parfois une adaptation biologique.

Parfois une introspection.

Parfois une fatigue.

Parfois une guérison silencieuse.

Écoutez votre corps.

Écoutez votre cœur.

Et si la souffrance dépasse l’émotion, demandez de l’aide.


Note de l’autrice – Salima Bachar 


Rédactrice spécialisée en psychologie des émotions et neurosciences du sommeil. Analyse basée sur données académiques issues de bases biomédicales reconnues (NCBI, Nature Neuroscience, OMS). Approche pédagogique visant à articuler science et vécu émotionnel.

Disclaimer


Article informatif à visée éducative. Ne remplace pas un avis médical, psychologique ou religieux personnalisé d'un imam. En cas de détresse émotionnelle persistante, consultez un professionnel de santé qualifié.

À propos de Salima Bachar

Salima Bachar est autrice pour La Maison des Sultans. Elle écrit avec la mémoire du sable, la douceur des rituels anciens et la richesse des secrets glissés entre les fêtes lumineuses et les rêves qui veillent. Beauté, bien-être, maison, voyages… Ses textes célèbrent les gestes discrets, les traditions vivantes et les symboles qui traversent le temps. Entre matières naturelles et récits sensibles, sa plume relie l’intime à l’universel, avec une voix sensorielle et profonde.

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Salima répond toujours : contact.lamaisondessultans@gmail.com

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