Rajab 2025: date et origine

par Salima Bachar

Rajab 2025 : un mois qui ne ressemble à aucun autre

On ne le voit pas venir, et pourtant il arrive toujours à point nommé. Rajab, ce mois au parfum ancien, glisse doucement dans le calendrier comme une brise qui change d’odeur. En 2025, il fera son entrée le 21 décembre et se retirera discrètement le 19 janvier 2026. Pas un jour de plus, pas un jour de moins… sauf si le croissant de lune décide autrement. Car oui, ici, rien ne se cale sur un chiffre figé : tout dépend du ciel, du regard qu’on lève la nuit.

Et ça, c’est déjà toute une ambiance.

On imagine les nuits froides de décembre, le souffle blanc qui se mêle aux halos dorés des réverbères. Puis janvier, encore frileux, qui garde les mains dans ses poches. Rajab se faufile entre deux années, presque comme un invité qui traverse un salon pendant qu’on change de décor.

D’où vient ce nom ?

Rajab… ça claque doucement en bouche. Le mot vient d’une racine arabe, r-j-b, qui évoque le respect, la vénération, l’idée de tenir quelque chose en haute estime. Déjà, bien avant l’islam, les tribus arabes le considéraient comme un mois sacré. On y suspendait les querelles, on reposait les armes. Une trêve inscrite dans le sable chaud, là où le bruit du fer se taisait pour laisser place au murmure du vent.

C’est aussi pour ça qu’on l’appelle parfois Rajab al-Fard : “le Rajab isolé”, unique dans sa position parmi les mois sacrés. Ou encore Rajab Mudar, en hommage à la tribu qui le chérissait particulièrement. Et il y a d’autres noms, aux sonorités presque poétiques : al-Haram (le sacré), al-Asamm (le silencieux), al-Murajjab, al-Asab (l’abondant). Chacun raconte une nuance, une couleur, un état d’esprit.

Un mois sacré dans le calendrier islamique

Rajab est l’un des quatre mois sacrés de l’année musulmane, avec Dhou al-Qi`da, Dhou al-Hijja et Muharram. Dans ces périodes, la tradition veut qu’on s’éloigne des conflits, qu’on cherche la paix — pas seulement dans les gestes, mais aussi dans les pensées. Un peu comme si le mois entier devenait une grande chambre blanche, où chaque mot résonne plus fort.

Et puis Rajab, c’est aussi une porte. Une préparation. Dans deux mois viendra Ramadan, mais avant cela, il y aura Sha‘ban. Rajab, c’est cette respiration juste avant d’accélérer le pas. On y sème des habitudes, on y nettoie un peu le cœur.

Rajab 2025 : pourquoi ces dates ?

Le calendrier islamique suit la lune. Pas une lune dessinée dans un tableau d’école, mais la vraie, celle qu’on guette dans le ciel, parfois au milieu des nuages. Chaque mois commence avec l’apparition du croissant. En 2025, les calculs astronomiques placent le 1er jour de Rajab 1447 au 21 décembre 2025, et sa fin au 19 janvier 2026.

On pourrait croire que c’est une précision mathématique… mais non. Dans certaines régions, on pourra commencer Rajab un jour plus tôt ou plus tard, selon l’observation. C’est cette part d’incertitude qui donne au mois une texture particulière : on ne le commande pas, on l’attend.

Les traditions liées à Rajab

Tiens, ça me fait penser à ces veillées où l’on sait qu’un événement approche, mais on ne sait pas encore quand exactement. On guette un signe. Pour Rajab, ce signe, c’est le croissant de lune. Une fois qu’il est là, certains multiplient les prières surérogatoires, d’autres jeûnent quelques jours — même si, précisons-le, le jeûne de Rajab n’est pas une obligation canonique.

Et puis, il y a la fameuse nuit de l’Isra et Mi‘raj, le voyage nocturne du Prophète Muhammad ﷺ, qui selon certaines traditions aurait eu lieu en Rajab. Cette nuit-là, on se souvient du lien entre ciel et terre, entre l’homme et Dieu. Les récits sont pleins d’images : une monture rapide comme l’éclair, des portes célestes qui s’ouvrent, des anges qui accueillent.

Rajab dans l’histoire

On oublie parfois que ce mois a survécu à des siècles de changements, d’empires, de cartes redessinées. Il était là dans les marchés pré-islamiques, quand les marchands vendaient des étoffes teintées de rouge et d’indigo. Il était là quand les caravanes se reposaient, assurées que personne ne viendrait troubler leur halte.

Même dans les moments les plus sombres, Rajab gardait son statut. Les conflits pouvaient s’embraser avant et après, mais lui restait une zone neutre. Comme un vieux chêne au milieu d’un champ labouré chaque année.

Un mois entre deux mondes

Rajab 2025 sera particulier : il commencera alors que l’année grégorienne se prépare à s’éteindre et se terminera bien après que les vœux du Nouvel An auront été échangés. Un mois qui passe d’un monde à l’autre, un pied en 2025, l’autre en 2026.

On imagine déjà les mosquées éclairées dans la nuit froide, l’odeur du thé à la menthe ou du café aux épices qui monte des cuisines. Les discussions qui s’étirent après la prière d’isha, les rires, les chuchotements.

Les symboles de Rajab

Rajab, c’est un mot qui pèse doucement. Il évoque la retenue, le calme, mais aussi l’abondance spirituelle. C’est un temps où les actes ont, dit-on, plus de valeur. Comme si chaque geste de bienveillance pesait un peu plus lourd dans la balance.

On pourrait le comparer à une eau rare qui coule dans un désert : précieuse, claire, et qu’on ne gaspille pas.

Préparer son Rajab

Que faire durant ce mois ? Certains prennent des résolutions spirituelles : lire davantage le Coran, multiplier les invocations, offrir des aumônes discrètes. D’autres choisissent le silence, un peu plus que d’habitude. Ce silence n’est pas vide : il est habité, plein d’écoute.

Rajab est aussi un bon moment pour renouer avec quelqu’un, réparer une parole mal placée. Les anciens disaient que les mois sacrés étaient des occasions données pour “réparer la route avant la grande marche”. La grande marche, ici, c’est Ramadan.

Rajab, vu par le ciel

Si on levait les yeux pendant tout Rajab 2025, on verrait la lune grandir et décroître sur deux années différentes. Décembre, avec ses longues nuits, donnera au croissant une netteté presque glacée. Janvier, lui, apportera une lumière plus douce, comme filtrée par un voile.

Et là, on réalise que Rajab n’est pas seulement une date sur un calendrier. C’est un morceau de temps qui se vit aussi avec les sens.

Et après ?

Une fois Rajab passé, viendra Sha‘ban, puis Ramadan. Mais on garde souvent une trace du mois sacré : un souvenir de prière tardive, un geste de charité, une parole qui a fait du bien.

Rajab 2025 ne sera pas plus long que les autres, mais il sera unique. Comme chaque Rajab, en fait. Parce qu’il porte avec lui une mémoire vieille de plus de mille ans, et qu’il s’inscrit dans des nuits et des jours que personne ne pourra rejouer.

Bon mois de Rajab!

À propos de Salima Bachar

Salima Bachar est autrice pour La Maison des Sultans. Elle écrit avec la mémoire du sable, la douceur des rituels anciens et la richesse des secrets glissés entre les fêtes lumineuses et les rêves qui veillent. Beauté, bien-être, maison, voyages… Ses textes célèbrent les gestes discrets, les traditions vivantes et les symboles qui traversent le temps. Entre matières naturelles et récits sensibles, sa plume relie l’intime à l’universel, avec une voix sensorielle et profonde.

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Salima répond toujours : contact@lamaisondessultans.com

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